CHARLES MARTEL
Charles Martel (né vers 690 et mort le 16 ou le 22 octobre 741 à Quierzy-sur-Oise) fut le duc d'Austrasie, maire du palais de 717 à 741 et le souverain de facto du royaume des Francs (dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs). Il est le fils de Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie contrôlant les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Il est également le grand-père paternel de Charlemagne. Selon une certaine légende, il serait peut-être né à Andenne, ville située à proximité de Namur, en Belgique.
Arrêt de la conquête musulmane
En 732, lors de la Bataille de Poitiers, il affronta les
armées omeyyades du gouverneur d'Al-Andalus, l'émir Abd el Rahman. En effet,
depuis 711, les musulmans occupaient la péninsule Ibérique, et poursuivaient
progressivement leur avancée vers le Nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu'à
partir de 725, ayant déjà conquis le Languedoc, ils s'emparèrent de la vallée
du Rhône, mettant à sac la ville d'Autun (le 22 août 725), et assiégeant sans
succès, en territoire franc, la ville de Sens.
À la suite de l'intervention du duc d'Aquitaine et de
Vasconie, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les
premières tentatives furent repoussées. Fort de sa victoire, le duc d'Aquitaine
voulut prévenir le retour des musulmans d'Espagne en s'alliant à Munuza,
gouverneur berbère et musulman de la Septimanie. Munuza était en révolte contre
ses coreligionnaires d'Espagne. Eudes lui donna sa fille en mariage. Mais
Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d'al-Andalus Abd el-Rahman qui, dans
la foulée, lança une expédition punitive contre les Vascons. Il engagea donc en
732 une double offensive au sud de l'Aquitaine, du côté de la Vasconie, et dans
la vallée du Rhône.
Cette fois, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et
demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles
et du duc réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l'actuelle commune
de Vouneuil-sur-Vienne, au sud de Châtellerault. Charles fit tout pour éviter
l'affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double
effet de saturer de butin les Sarrasins et de les rendre moins mobiles. Après
six jours d'observation, la bataille s'engagea le 25 octobre et fut assez
brève. Charles tua leur chef Abd el-Rahman, ce qui décida les troupes
sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon d'autres sources, Abd el-Rahman
n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué
vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de
Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Loupchat au pied de
la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733.
Selon certains auteurs, c'est à la suite de cette
victoire que Charles fut surnommé Martel (en ancien français et en occitan
signifie « marteau »), puisqu'il avait violemment écrasé les troupes
musulmanes, tel un marteau — le « marteau d'armes » étant aussi une arme de
combat. En tout état de cause, il est certain que ce surnom a surtout « frappé
» les esprits, ce qui a contribué à la création du mythe de Charles Martel.
Ainsi, selon l'historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence fut si
bouleversée par les exactions de Charles Martel que le surnom « Martel-Marteau
» pourrait venir de là et non de la victoire contre les musulmans. L'historien
Mohammed Arkoun remarque que les écrits contemporains sont muets sur des
pillages faits par les Francs en Aquitaine peu après la bataille, parce que
leur existence est contestée.
Les troupes musulmanes ne sont pas, pour autant, battues
sur tous les fronts. Elles prennent Avignon et Arles en 735, puis attaquent la
Bourgogne. Beaucoup de seigneurs bourguignons, dont le duc Mauronte, «
pactisent » alors avec les musulmans, mais Charles Martel parvint à les
refouler dans le sud de la vallée du Rhône en 736. La Provence s'était déjà
soulevée contre l'autorité de Pépin de Herstal et de Charles Martel dans les
années 714-716 avec le patrice Antenor.
En 737, Charles Martel reprend Avignon avec son frère
Childebrand, mais n'arrive pas à faire de même avec Narbonne. Il remporte une
importante victoire (bataille de la Berre) près de l'étang de Bages-Sigean, à
l'embouchure de la rivière Berre, dans l'Aude, contre les troupes musulmanes
d'Espagne d'Omar ben Chaled. Cette victoire permit d'arrêter les incursions des
musulmans au sud de la France et de réduire la présence musulmane à Narbonne et
à certaines forteresses de Provence.
En 739, il s'allie aux Lombards pour reprendre la
Provence. Tous ceux qui avaient alors collaboré avec les Sarrasins sont châtiés
et leurs biens donnés aux guerriers francs. Les musulmans ne possèdent alors
plus que Narbonne, prise en 759 par Pépin le Bref. Ces batailles ont grandement
contribué à unifier le royaume franc autour de Charles Martel.
(Charles Martel par Jean-Baptiste Joseph Debay (1802-1862). Galerie du château de Versailles)
Création de la lignée carolingienne
À la mort du roi Thierry IV (737), Charles, fort de son
très grand pouvoir, décida de ne pas lui choisir de successeur, le rôle des monarques
mérovingiens étant devenu totalement insignifiant. Il prit donc réellement le
pouvoir du royaume franc, et régna donc ainsi en toute illégalité jusqu'à sa
mort.
À sa mort, son pouvoir fut partagé entre ses deux fils :
-
Carloman obtient
l'Austrasie, l'Alémanie et la Thuringe
-
Pépin le Bref
obtient la Neustrie, la Bourgogne et la Provence.
Bien qu'il n'obtînt jamais le titre de roi, il eut malgré
tout plus de pouvoir que les souverains francs de l'époque, la dynastie
mérovingienne était déjà à ce moment en pleine décadence. Son pouvoir marque
les prémices de la lignée carolingienne, confirmée par le sacre de Pépin le
Bref le 28 juillet 754.
(Tombeau de Charles Martel, Basilique Saint-Denis)






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire