LA BASILIQUE DU SACRÉ-COEUR
La basilique du Sacré-Cœur, dite du Vœu national, située au sommet de la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, est un édifice religieux parisien majeur.
Sa construction fut déclarée d'utilité publique par une
loi votée le 24 juillet 1873 par l'Assemblée nationale de 1871 dans le cadre
d'un nouvel « Ordre moral » faisant suite aux événements de la Commune de Paris
(dont Montmartre fut un des hauts lieux). Avec plus de dix millions de pèlerins
et visiteurs par an (en 2006), c'est le second monument de France le plus
visité après la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Origine de la construction
Montmartre, colline sacrée
Depuis toujours la colline de Montmartre a été un lieu de
culte : paganisme gaulois supposé puis temples gallo-romains dédiés à Mercure
et probablement à Mars ; culte chrétien après le martyr de l'évêque Denis au
IIIe siècle, construction au XIIe siècle de l'église Saint-Pierre, parmi les
plus anciennes de Paris, pour l’abbaye royale de Montmartre par le roi Louis VI
et sa femme Adélaïde de Savoie.
Le vœu national de 1870-1871
Le projet de construction d'une basilique dédiée au
Sacré-Cœur à Paris trouve ses origines dans le discours prononcé par
monseigneur Fournier le 4 septembre 1870, jour de la déclaration de la
Troisième République, attribuant la défaite de la France dans la guerre
franco-prussienne de 1870 à une punition divine après un siècle de déchéance
morale depuis la révolution de 1789.
Suite à ce discours, deux notables parisiens, Alexandre
Legentil et Hubert Rohault de Fleury (peintre), entamèrent les démarches qui
devaient aboutir à la réalisation de la basilique du Sacré-Cœur plusieurs
décennies plus tard.
Ils rédigèrent en janvier 1871 un vœu personnel qui prit par la suite une ampleur nationale:
« En présence des malheurs qui désolent la France et des
malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des
attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du
Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous
humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie,
nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Et pour
faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l'infinie miséricorde du
Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes ainsi que les
secours extraordinaires, qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa
captivité et faire cesser les malheurs de la France. Nous promettons de contribuer
à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. »
La forte personnalité de Legentil dans le paysage
catholique parisien et ses nombreuses relations ont permis au projet d'acquérir
une dimension nationale.
Selon l'historien Miguel Rodriguez, le concept de vœu est
fondamental, en tant que « promesse faite à Dieu ». De la relation spirituelle
des mystiques avec Dieu au « vœu national », en passant par la fondation
d’ordres se réclamant du Sacré-Cœur, l’histoire de la dévotion montre que le
vœu assumé, vis-à-vis de cette figure, peut être, aussi bien un comportement
individuel qu’une manifestation de foi collective : il va associer au XIXe siècle un engagement
religieux et des pratiques laïques. Il est pour lui une continuité totale avec
le vœu de Louis XIII, de Marguerite-Marie Alacoque au roi Louis XIV et de celui
de Louis XVI dans la prison du temple.
(Nef de la Basilique)
Association aux événements de la Commune de Paris
La construction de la basilique du Sacré-Cœur est
fréquemment associée aux événements de la Commune de Paris, et on trouve dans
des documents officiels et des ouvrages d'universitaires, la thèse selon
laquelle elle aurait été construite pour « expier les crimes des communards ».
Le choix d'ériger la basilique sur la colline de
Montmartre était hautement symbolique, car c'est là que débuta l'insurrection
le 18 mars lorsque les troupes d'Adolphe Thiers viennent enlever à Paris les
canons qui y étaient entreposés.
Après la cérémonie de pose de la première
pierre, Hubert Rohault de Fleury fit explicitement le lien:
« Oui, c'est là où la Commune a commencé, là où ont été
assassinés les généraux Clément-Thomas et Lecomte, que s'élèvera l'église du
Sacré-Cœur ! Malgré nous, cette pensée ne pouvait nous quitter pendant la
cérémonie dont on vient de lire les détails. Nous nous rappelions cette butte
garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une
population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de
l'Église semblait surtout animer. »
On ne trouve pas de mention de cette motivation dans le
texte de loi voté par l'Assemblée Nationale, mais déjà à l'époque elle était
dénoncée par l'opposition. La construction de la basilique du Sacré-Cœur et ses
motivations exactes seront longuement débattues, à une époque où la laïcité
prend une ampleur croissante en France.
Choix de l'architecte
L'architecte Paul Abadie (mort en 1884) gagne le concours
de la construction du Sacré-Cœur. À sa mort, il sera remplacé par Honoré Daumet
(1884-1886) lui-même remplacé par Charles Laisné qui fera intervenir dans la
réalisation de vitraux le peintre-verrier Émile Hirsch.
(Basilique du Sacré Coeur en 1900)
Construction
La première pierre est posée le 16 juin 1875. L'intérieur
de la nef sera inauguré en 1891. Le campanile (clocher) est terminé en 1912
mais il faut attendre 1914 pour que l'ensemble de la façade soit achevé. La
consécration, initialement prévu le 17 octobre 1914, reporté suite à l'entrée
en guerre, est officialisée le 16 octobre 1919. L'église est alors érigée en
basilique mineure. Le bâtiment est officiellement achevé en 1923.





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