LES FLEURS DU MAL
(1857)
Unique recueil de poèmes en vers de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal englobent la quasi-totalité de sa production poétique, de 1840 jusqu'à sa mort survenue fin août 1867.
Publié le 25 juin 1857, réédité dans des versions différentes
en 1861, 1866 puis 1868, ce recueil est l’une des œuvres majeures de la poésie
moderne. Ses quelque 150 pièces, empreintes d’une nouvelle esthétique où l'art
poétique juxtapose une réalité souvent crue – voire triviale – à la beauté la
plus ineffable, exerceront une influence considérable sur des poètes ultérieurs
aussi éminents que Paul Verlaine, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé.
Première édition (1857)
La publication des Fleurs du mal aura lieu par étapes.
Pas moins de quatre éditions, à chaque fois différentes, se succéderont en
l'espace d'onze ans, de 1857 à 1868 - année suivant la mort de l'auteur.
Le 4 février 1857, Baudelaire remet son manuscrit,
contenant 100 poèmes, à l'éditeur Auguste Poulet-Malassis3, installé à Alençon.
Tirée à 1 300 exemplaires, cette première édition est mise en vente le 25 juin.
Ses « fleurs maladives » sont dédiées au poète Théophile Gautier4, qualifié par
Baudelaire, dans sa dédicace, de « parfait magicien des lettres françaises » et
« poète impeccable ».
Le 5 juillet 1857, dans le Figaro, un article de Gustave
Bourdin critique « l’immoralité » des Fleurs du Mal. Mais le 14 juillet, Le
Moniteur universel publie un article élogieux d’Édouard Thierry.
(Charles Baudelaire - Peinture de Gustave Courbet)
Titre
Dès 1845, un recueil de quelque 26 poèmes fut annoncé
sous l'intitulé « Les Lesbiennes ». À partir de 1848, Baudelaire y substitua le
titre « Les Limbes ». Mais il dut l'abandonner à regret (il en appréciait les
résonnances théologiques), un recueil du même nom, poésies intimes du bien
oublié Georges Durand12, étant déjà paru en mai 185213.
Ce n'est qu'en 1855 que Baudelaire choisit « Fleurs du
Mal » pour intituler 18 poèmes parus, le 1er juin, dans la Revue des deux
Mondes. Dès lors, ce titre s'imposera définitivement.
À l'âge de 18 ans, Baudelaire avait envoyé par lettre, à
sa mère, un « bouquet de fleurs singulières » : des poèmes14.
Dans l'un de ses projets de préface, Baudelaire précise,
non sans ingénuité feinte ni malicieuse provocation : « Il m'a paru plaisant,
et d'autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d'extraire la
beauté du Mal. Ce livre, essentiellement inutile et absolument innocent, n'a
pas été fait dans un autre but que de me divertir et d'exercer mon goût
passionné de l'obstacle »15.
Le titre laisse entendre que les voies du Beau et du Bien
ne convergent pas nécessairement16 (« Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de
l'abîme / Ô Beauté ? » - Hymne à la beauté ), et que l'artiste revendique toute
liberté d'investigation créatrice.
Structure
Le poète divise son recueil en six parties : Spleen et
Idéal, Tableaux parisiens, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte et La Mort. Un
premier poème, Au Lecteur, sert de prologue. Cette construction reflète le désir d'ascèse de
Baudelaire, sa quête d'absolu. Spleen et idéal dresse un constat sans concession
du monde réel : c'est une source d'affliction et de blessures (le spleen), qui
suscite chez Baudelaire un repli sur soi mais aussi le désir de reconstruire
mentalement un univers qui lui semble viable. Les trois sections suivantes
constituent autant de tentatives d'atteindre cet idéal. Le poète se noie dans
la foule anonyme du Paris populaire et grouillant où il a toujours vécu
(Tableaux parisiens), s'aventure dans des paradis artificiels résumés par Le
Vin et sollicite des plaisirs charnels qui s'avèrent source d'un enchantement
suivi de remords (Fleurs du Mal). Ce triple échec entraîne le rejet d'une
existence décidément vaine (Révolte), qui se solde par La Mort.




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